Mois de la photo 2015 : « Portraits caméléon » de Myette Fauchère (22 octobre ‑ 10 novembre 2015)

À l'occasion des cérémonies en Afrique Noire, les tenues des familles ou de groupes constitués sont toutes réalisées dans un même tissu.

Du plus jeune au plus ancien, chaque membre porte un vêtement aux motifs similaires.

Créant un dispositif de prises de vue original, Myette Fauchère nous propose des portraits de groupes posant devant un fond confectionné dans un tissu identique à leurs vêtements.

La photographe – et son studio mobile - joue avec le spectateur en créant de surprenantes illusions d'optique.

L'exposition est organisée dans la cadre de la 25ème édition du Mois de la photographie de Bratislava.

Place Hviezdoslavovo námestie, Bratislava, du 22 octobre au 10 novembre 2015

 

Portraits caméléon
 

Étrange expérience visuelle que celle que nous propose Myette Fauchère. Son
travail aurait pu donner lieu à des représentations classiques, dans la droite ligne du portrait d’Afrique noire, perpétué par le malien Seydou Keita ou encore l’ivoirien Cornélius Augustt. Qu’y voit-on ? Des amis, des familles, des couples, réunis pour un événement, un mariage, des obsèques, un anniversaire. Des personnages posant dans un décor a priori improvisé, mais revendiquant une belle solennité, comme pour souligner un peu plus l’importance de l’événement.

À bien y regarder, tous ces ingrédients se retrouvent dans les photographies de
Myette Fauchère : les personnages, les attitudes, les habillements, le cérémonial, le
studio mobile… jusqu’à cette sorte d’hésitation entre la rigidité de la pose – que les
premiers temps de la photographie, pour des raisons purement techniques, puis les
clichés académiques – avaient imposé, et une dynamique des corps, tellement
contemporaine. Et tellement africaine !

Seulement voilà, l’artiste nous joue un sacré tour. Et pas seulement l’artiste, car ses sujets sont complices ! En utilisant le même tissu, dans chaque vue, pour la
confection des vêtements et des toiles de fond, elle brouille les codes de compréhension de l’image et de la représentation. Il nous reste des portraits dont les standards sont balayés par une vague délicieuse de fantaisie. Des images plus troublantes que dérangeantes. C’est d’autant plus vrai que la couleur envahit le cadre de l’image, cadre dans lequel flottent ou surnagent des visages, des pieds et des bras. Des images follement amusantes, comme ces vues en 3D pour lesquelles il faut un temps d’attention fixe pour déjouer l’effet optique et comprendre comment fonctionne le procédé.

À la question « comment renouveler le genre ? », Myette Fauchère répond avec ses
Portraits caméléon.

Pierre Canaguier

 

Myette FAUCHERE photographe auteur, diplômée de l'Ecole des Beaux-Arts de Saint-Etienne en 2004, répond à des commandes photographiques et développe essentiellement des projets personnels en vue de réalisation d’expositions dans des structures telles que la Maison de l’Architecture de l’Isère, le Musée de la Mine de Saint-Etienne...

Entre 2005 et 2010, l'Afrique lui ouvre ses portes, deux projets majeurs en découlent:

Latitude Boubou : carte blanche que lui donne la ville de Mably (région textile française), autour des tissus africains au Mali. Puis, en 2010, Portraits caméléon, point de vue original sur une coutume traditionnelle au Togo et au Bénin. Un dispositif de prise de vues est alors étudié afin de relever le défi photographique du portrait de groupe.

Présenté au Musée de la Viscose, au Musée des Civilisations de Saint-Just-Saint-Rambert, au Musée Géo-Charles, lors du Festival International des Textiles

Extraordinaires à Clermont-Ferrand, et à la Maison des Arts Plastiques de Lyon, Portraits caméléon poursuit sa route jusqu'au Maroc, à Tanger lors du Festival du Livre et des Arts, à Meknès et à Agadir, et enfin au Sénégal, durant la Biennale Dak'Art en 2014.

Myette Fauchère intervient parallèlement en milieu scolaire dans différentes villes.

A l'occasion de résidences d'artistes, Myette Fauchère, élargit aujourd'hui, son travail autour de l'objet textile (chaussures, gants, peluches...) et du corps hybride tout en conservant l'idée du camouflage.

myettefauchere.wordpress.com