« Souplesse et rigidité du cube », exposition de l'artiste franco-polonaise Bogumila Strojna dans le cadre du festival Statue et objet XXII (29.6.‑29.7.2017)

Les créations de Bogumila Strojna s'inscrivent dans la tradition de l’art construit et de l'art concret. Elle part d’une forme simple et connue comme le cube ou le carré et en propose des déclinaisons inventives. Par de subtils retraits l’artiste transforme la géométrie en invention poétique.

Souvent, dans ses créations, elle joue des conditions spatiales du lieu réel pour y intégrer ses pièces. Les éléments préalablement construits en léger relief sont disposés les uns par rapport aux autres dans une relation sensible. Les écarts justes assurent la cohérence entre les éléments accrochés au mur et les figures qui se déploient sur le sol. Bogumila Strojna sollicite le spectateur pour qu'il vienne habiter la forme. Il faut se rappeler que le principal outil de mesure pour toutes ces créations est le corps, celui de l’artiste d’abord, celui du spectateur ensuite. Des déplacements émergera un sens encore non établi.

Jean Claude Le Gouic

 

L'exposition « Souplesse et rigidité du cube » de l'artiste française Bogumila Strojna à l'Instutitut français de Slovaquie est organisée dans le cadre du festival international de sculpture de Bratislava « Statue et objet XXII ».

 

Du 29 juin au 29 juillet 2017, Galerie de l’Institut français de Slovaquie

Vernissage : jeudi 29 juin à 17h

 

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Bogumila Strojna, la géométrie métamorphosée

 

Que ce soit en sculpture ou en peinture les créations de cette  artiste s'inscrivent dans la tradition de l’art construit et de l'art concret. Elle part d’une forme simple et connue comme le cube ou le carré et elle en propose des déclinaisons inventives. Depuis de nombreuses années, Bogumila Strojna innove en multipliant les variations autour de ces figures de base. L’originalité de cette recherche plastique est de réussir à faire plus avec moins. De la représentation du cube, elle ne garde que les arêtes pour ensuite éliminer celles qui ne sont pas indispensables au développement de sa nouvelle création artistique. La présence du cube est souvent minimale, elle se manifeste par quelques détails comme un ou plusieurs angles à 90° et quelques arêtes égales. Par de subtils retraits l’artiste transforme la géométrie en invention poétique. La litote plastique facilite l’entrée en imaginaire du regardeur.

L’artiste plasticienne s’empare de cette figure simple et quotidienne pour l’emmener ailleurs. La perte de la source est essentielle pour que puisse s’opérer la métamorphose. Les reliefs à la spatialité réduite que Bogumila Strojna construit permettent déceler l'hypothétique trace d’un ailleurs où le petit peut suggérer l’infiniment grand. L'image première du cube n'est pas toujours refusée, parfois, comme chez Felice Varini, elle apparaît dans des anamorphoses comme la possible résolution de l'énigme : on se déplace jusqu'à trouver le point de vue qui recrée le volume. Cet art construit, parfaitement pensé et réalisé, marque une volonté de faire se rencontrer le monde du travail, qui est aussi le quotidien de l’artiste, et celui de l’art qui ouvre sur l’inattendu et une poésie de la dérive.

Dans de nombreuses créations Bogumila Strojna joue des conditions spatiales de l'espace réel pour y intégrer les pièces qu'elle produit. Elle sollicite le spectateur pour qu'il vienne habiter la forme. Cela peut être un simple carré déformé, réalisé avec une bande adhésive qui se déploie sur le sol et sur le mur. Cela peut aussi être des éléments préalablement construits en léger relief disposés les uns par rapport aux autres dans un rapport sensible. Les écarts justes assurent la cohérence entre les éléments accrochés au mur et les figures, dessinées à l’adhésif, qui se déploient sur le sol. La matérialité du travail domine sans laisser place à l'égo du créateur. Celui-ci est là sans se donner à voir. Certaines fois ceux-ci, comme les gaines PVC, sont  choisis pour leur plasticité et leur coloration vive. D’autres fois une coloration franche est ajoutée afin de laisser toutes les ambiguïtés aux structures. Une des transformations, simple et pourtant essentielle, est la mise en couleur. Ces créations par leur savante élaboration et leur façonnage sont du côté de la culture, pourtant elles sont souvent destinées à jouer par contraste avec la nature. Le rouge fréquemment employé ne joue jamais mieux que sur l'herbe verte. Bogumila Strojna dessine dans l‘espace avec un trait solide fait de métal ou de bois dans ce qui apparaît comme le vide environnant. Elle travaille les arêtes mais ressent et pense l'espace. Ces figures inventées sans masse solide deviennent des capteurs d'espace. Ici pas d'empilement mais un jeu d'écartement. Les relations entre les pièces ne nécessitent pas d'assemblage, l'unité se fait par la mise en tension des structures. Le plein et le vide se nourrissent l'un l'autre. Ces rêveries autour du cube se font dans un esprit de légèreté. Si le principe de base est le cube ou le carré, ces formes simples sont ici débarrassées des contingences liées à l'utilitaire. Le libre arbitre et les choix de l ‘auteur sont de nous étonner, pour nous emmener dans un univers où la poésie supplante la règle.

Il faut se rappeler que le principal outil de mesure pour toutes ces créations est le corps, celui de l’artiste d’abord celui du spectateur ensuite. Ce sont eux qui donnent l’échelle. Dans plusieurs créations récentes qui se développent à la fois sur le sol sur le mur le spectateur en pénétrant à l’intérieur de l’œuvre établit une relation active avec celle-ci. Dans sa déambulation, il habite la création plastique avant d’être habité par elle. Chacune des pièces demande aux visiteurs de construire leurs regards. Le travail d'observation est nécessaire mais ne présage pas d’une signification à venir. Les indices de compréhension sont seulement proposés jamais imposés ; c’est au spectateur, souvent en se déplaçant, de faire émerger un sens non établi. Pour apprécier les œuvres un seul coup d'œil ne suffit pas. Pour le plus grand plaisir des visiteurs, Bogumila Strojna réussit à mettre du retard dans le regard.

 

Jean Claude Le Gouic

 

 

Bogumila STROJNA

 

www.strojna.net

Bogumila Strojna est une artiste franco polonaise qui vit et travaille en France. Depuis plusieurs années elle expose au Salon de Réalités Nouvelles, et fait partie du comité de celui ci, ainsi que du comité de la galerie Abstract Project, émanant du Salon. Elle est représentée par la galerie Victor Sfez à Paris. 

Son travail figure dans des collections particulières, notamment au Musée de Satoru Sato à Tome (Japon), collection de CCNOA (Center for Contemporary Non-Objective Art, Belgique). Elle a réalisée plusieurs œuvres monumentales dans l’espace publique (Matour, Altier) ainsi que des projets pour les institutions en France (1% artistique à La Courneuve).

Elle expose régulièrement en France (Galerie Victor Sfez, Galerie Olivier Nouvellet, ParisCONCRET, Abstract Project, Espace Christianne Peugeot, Hang Art),  ainsi qu’à l’étranger, notamment en Allemagne, (Hambourg) au Pays Bas (gallérie EM), en Australie (Factory 49, SNO, Articulate Project Space), en Chine. Sa dernière résidence artistique a eu lieu en Roumanie, à Conacul en 2015.

 

STATUE ET OBJET XXII