Révolution!

QUATUOR 1781
Guillaume Humbrecht – violon
Izleh Henry – violon
Satryo Aryobimo Yudomartono – alto
Jérôme Vidaller – violoncelle

Programme

François-Joseph Gossec (1734 – 1829)
Quatuor à cordes en Mi bémol majeur opus 15 n°2
      Allegretto
      Tempo di minuetto – graciozo

Henri-Joseph Rigel (1741 – 1799)
Quatuor à cordes en mi mineur opus 10 n°5
      Allegro
      Adagio
      Minuetto – lento

Marie-Alexandre Guénin (1744 – 1835)
Quatuor à cordes en Sol majeur opus 7 n°2
      Allegro Nobile
      Poco adagio cantabile
      Presto

Ludwig van Beethoven (1770 – 1827)
Quatuor à cordes en ut mineur opus 18 n°4
      Allegro, ma non tanto
      Scherzo. Andante scherzoso, quasi Allegretto
      Menuetto. Allegretto
      Allegro

Le festival international Journées de musique ancienne est organisé par Le Centre de musique.

Autour du programme

En 1789, quand survient la Révolution française, de nombreuses institutions musicales sont démantelées et de nombreux musiciens de valeur, sans travail, trouvent refuge au sein du « Corps de Musique » de la Garde Nationale. Cet orchestre militaire, chargé d’animer les grandes fêtes révolutionnaires est composé d’instrumentistes à vent de issus de différents régiments, mais on y retrouve aussi Cherubini, comme joueur de triangle, et Rodolphe Kreutzer, célèbre violoniste à qui Beethoven dédiera une célèbre sonate, comme clarinettiste. Ce « Corps de Musique » évolue pour devenir en 1795 le Conservatoire de Musique de Paris, et Gossec, Guénin, Rigel  sont tous trois nommés professeurs. Les objectifs du Conservatoires sont clairs : stopper la main mise de l’église sur l’enseignement musical français, former les jeunes musiciens pour compléter les rangs des orchestres faisant trop appel au musiciens étrangers au goût du nouveau régime, et enfin unifier l’enseignement musical sur le plan national. Pour ce faire, un corpus de méthodes est rédigé et diffusé dans la France entière. Celle de violon est l’œuvre des trois grands violonistes et professeurs au Conservatoire, Rode, Baillot et Kreutzer. On peut y lire que « le quatuor est un genre de composition dont le dialogue charmant semble être une conversation d’amis qui se communiquent leurs sensations, leurs sentiments, leurs affections mutuelles; leurs avis, quelquefois différents, font naître une discussion animée à laquelle chacun donne ses développements. »

En effet, à la fin du XVIIIème siècle, la vogue du quatuor à cordes en France est immense. On dénombre environ 2000 quatuors publiés à Paris entre 1770 et 1800. Pas moins de 200 compositeurs se sont livrés à cet exercice, qu’ils soient français ou étrangers, souhaitant être publié à Paris, preuve de la pratique intensive de la musique de chambre dans les salons bourgeois, le cadre familial ou amical. Si les quatuors de Haydn sont très bien connus à Paris, ils ont peu influencés le style français, qui reste très particulier. La plupart du temps, ces quatuors sont en 2 mouvements, quelquefois 3, jamais plus, les formes favorites pour conclure l’œuvre étant le menuet ou le rondeau. L’effort est constant pour que les quatre parties soient exploitées de manière concertante, faisant de la pièce une véritable conversation à quatre, où la concorde règne en permanence. Les compositeurs prennent d’ailleurs souvent le soin de nommer leurs ouvrages « quatuors dialogués » ou «  quatuors concertants » en opposition aux « quatuor brillants » qui seront à la mode au début du XIXème siècle, plus réservés à un premier violon soliste accompagnés d’un trio à cordes. Les harmonies sont claires, et semble vouloir se situer hors du champs des passions et des troubles qui agitent l’époque. A cet égard, les quatuors de Rigel font exceptions, par leurs tonalités sombres, les accents passionnés des mouvements introductifs, les tendres et fébriles pièces centrales et l’inquiétude sous-jacente dans les finals.

En 1789, Beethoven a 19 ans. Séduit par les idées libérales de la révolution, il fréquente les groupes jacobins clandestins. Dans un monde en pleine effervescence intellectuelle, la musique de Beethoven illustre au mieux l’élan émancipateur de son époque. Ses symphonies atteignent des dimensions dramatiques et autobiographiques jusqu’alors jamais atteintes.

En ce sens, le quatuor opus 18 n°4, composé en 1800, illustre parfaitement cette énergie, cette effervescence créatrice. Des six quatuors de l’opus, il est aussi celui qui reçu le plus de critiques, tant dans l’enthousiasme que le scandale.

L’Allegro ma non tanto initial, par sa tonalité d’ut mineur, son thème aux accents véhéments, ses accords répétés et violents, son large développement, frappe par son expression dramatique. Il  est tempéré par un second mouvement Andante scherzoso quasi Allegretto, dont l’idée initiale, trois notes répétées, sous-tend avec humour l’ensemble de l’architecture. Le Menuetto suivant n’a plus rien d’un menuet galant ou mondain, les accents à contre-temps lui conférant un caractère rebel. Enfin, le rondo final, Allegretto nous propose une course échevelée aux accents parfois « à la Hongroise », avant de se conclure par une coda brillante, menée prestissimo.

Guillaume Humbrecht

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