Exposition TRAITÉ DE PAIX DE TRIANON DE 1920, SYSTÈME DE VERSAILLES ET SLOVAQUIE

Auteur: Matej Hanula, PhD., Institut d’histoire de l’Académie slovaque des sciences

La signature du traité de paix de Trianon avec la Hongrie le 4 juin 1920 compte sans aucun doute parmi les événements les plus marquants de l’histoire de l’Europe centrale et de sud-est. Il a définitivement scellé, au regard du droit international, la dissolution du royaume historique de Hongrie et la création des États successeurs. On peut affirmer que le traité de paix signé dans un château de la banlieue parisienne a profondément influencé leurs relations mutuelles au cours des décennies suivantes. Dans un certain sens, notamment sur le plan psychologique, il continue d’influencer leur perception aujourd’hui encore, alors que tous les pays concernés, à l’exception de la Serbie, font désormais partie de l’Union européenne. La raison en était sans doute principalement la conception diamétralement opposée du traité de Trianon dans les États successeurs qui, lors des négociations de paix à Paris, se sont rangés du côté des vainqueurs de la Grande Guerre, à savoir la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie (à l’origine le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes) et la Roumanie, et dans la Hongrie vaincue, qui a officiellement signé le traité avec les puissances victorieuses en 1920. Alors que pour le premier groupe de pays, il s’agissait clairement d’un événement positif, perçu comme une victoire, en Hongrie, le sentiment était tout à fait opposé. Trianon y était considéré comme la plus grande catastrophe de l’histoire nationale, comparable uniquement à la défaite de Mohács en 1526. Au cours des années suivantes, la politique étrangère de la Tchécoslovaquie, de la Yougoslavie et de la Roumanie s’est fondée sur les efforts visant à maintenir le système d’accords de paix d’après-guerre. Leur coopération aboutit à la création d’une alliance célèbre, qui entra dans l’histoire sous le nom de Petite Entente. La Hongrie, en revanche, commença dès la signature à déployer des efforts pour corriger le traité de paix ou, éventuellement, le rendre caduc. Les intérêts contradictoires des États successeurs ont inévitablement eu des répercussions sur leurs relations mutuelles. Leur tension constante a également touché de larges couches de la population, chez lesquelles la propagande officielle renforçait souvent l’image de l’autre partie comme ennemie de leur État et de leur nation. La situation était en outre compliquée par le fait qu’après la signature du traité de paix de Trianon, plus de trois millions de personnes de langue maternelle hongroise se sont retrouvées hors des frontières de la Hongrie, habitant pour la plupart des bandes de territoire contiguës à la frontière commune.

La signature du traité de paix de Trianon a définitivement conclu le processus de séparation du territoire slovaque de la Hongrie historique et son intégration dans la nouvelle République tchécoslovaque. Ce processus n’avait fait que commencer à l’automne 1918, lorsque les Slovaques ont adhéré au nouvel État. Il ne s’est achevé qu’après près de deux ans de négociations diplomatiques en coulisses, mais aussi de violents affrontements armés entre l’armée tchécoslovaque et les unités des régimes hongrois successifs. Pour la première fois de son histoire, la Slovaquie a été définie comme un territoire aux frontières clairement délimitées et est devenue un objet de la politique internationale. La Slovaquie n’existait pas au sein de la Hongrie, même en tant que région administrative. La délimitation de la frontière entre la nouvelle République tchécoslovaque et la Hongrie constituait un problème crucial. Il fallait pour la première fois tracer officiellement la frontière. Aucune autre frontière du nouvel État ne posait un tel problème.

Avant même la signature du traité de paix avec la Hongrie, le Conseil suprême des Alliés de la conférence de paix de Paris a progressivement défini trois lignes de démarcation entre la Tchécoslovaquie et la Hongrie, derrière lesquelles les forces armées et les autorités administratives hongroises devaient se retirer. La première a été établie avant Noël 1918, la deuxième a suivi à la fin février et au début mars 1919, et la dernière et définitive en juin 1919. En août, la délégation tchécoslovaque à Paris a réussi à négocier l’annexion de Petržalka, une tête de pont stratégiquement importante de Bratislava.

Exposition LE DIPLOMATE ŠTEFAN OSUSKÝ, 1889 – 1973

Auteur : PhDr. Slavomír Michálek, DrSc., Institut d’histoire de l’Académie slovaque des sciences

Dr. Štefan Osuský, ambassadeur tchécoslovaque en France pendant près de deux décennies, est la personnalité slovaque la plus marquante de la diplomatie tchécoslovaque de l’entre-deux-guerres. Il est né le 31 mars 1889 à Brezová. En 1905, il émigre aux États-Unis. Il étudie les sciences naturelles et le droit à l’université de Chicago et est l’un des représentants les plus actifs de la communauté slovaque d’Amérique et des partisans de la création d’un futur État commun Slovaque et Tchèque. Le 22 octobre 1915, il a participé à l’adoption de l’accord de Cleveland entre l’Association nationale tchèque et la Ligue slovaque en Amérique. Au nom de la Ligue, il s’est rendu en Europe en juin 1916 avec pour mission de contribuer à la création de l’État tchécoslovaque. De Londres, où il séjournait chez Tomáš G. Masaryk, il se rendit à Paris chez Milan R. Štefánik et Edvard Beneš, d’où il partit peu après pour Genève, en Suisse. Là, en tant que chef du Bureau de la presse tchécoslovaque, il collabora principalement avec le professeur George Herron, « confident » du président Woodrow Wilson.

Štefan Osuský a acquis une grande renommée grâce à son travail sur la scène internationale en faveur de la future Tchécoslovaquie. En tant que secrétaire général de la délégation, il a représenté Prague lors des négociations du traité de paix avec la Hongrie à la Conférence de paix de Paris en 1919-1920. Plusieurs événements ont marqué sa vie professionnelle mouvementée, mais surtout le traité de paix de Trianon de 1920, le traité sur la reconstitution de l’armée tchécoslovaque avec le Premier ministre français Édouard Daladier en octobre 1939 et sa relation problématique avec Edvard Beneš, ainsi que sa vision d’une Europe libre, unifiée et démocratique.

Après le coup d’État communiste de Prague en février 1948, il est devenu l’un des leaders du troisième exil démocratique aux États-Unis, regroupé au sein du Conseil de la Tchécoslovaquie libre (Council of Free Czechoslovakia), en tant que président de son assemblée représentative et membre du comité exécutif et de la présidence.

Štefan Osuský est décédé à Washington le 27 septembre 1973, où il est également enterré dans le cimetière privé Oak Hill Cemetery.

Štefan Osuský fait partie des personnalités exceptionnelles de la diplomatie européenne de l’entre-deux-guerres et a été toute sa vie un fier Slovaque, luttant pour une république démocratique égalitaire des Slovaques et des Tchèques. Il rejetait la supériorité nationale et la totalité idéologique. Son objectif, ou plutôt sa vision, était celui d’une Europe démocratique, unifiée et libre. Deux citations illustrent son credo, ou plus exactement son enthousiasme inébranlable pour l’idée de démocratie et l’unification de l’Europe. La première est extraite d’une conférence qu’il prononça à Paris en 1937, en tant que politicien chevronné, à une époque où l’Europe s’enfonçait dans les flammes de la guerre : « … Tant que les nations ne comprendront pas que leurs intérêts dépassent le cadre de leurs frontières nationales…, tant que les nations ne se décideront pas à organiser leur vie en Europe… aucune nouvelle institution ne pourra éliminer le mal dont souffre ce vieux continent et qui menace même ses sources de vie. Si la Slovaquie est ma patrie immédiate… l’Europe est ma grande patrie. »

À Londres, en 1955, soit près de 20 ans plus tard, il réafirma sa position européenne dans une autre conférence : « … Nous vivons, nous bougeons et nous persistons avec l’Europe. L’Europe ne périra pas tant qu’il y aura des nations qui identifient leur destin à celui de l’Europe… Aujourd’hui, alors que les dés sont jetés et que l’Europe commence à devenir un fait historique mondial, il est tout simplement inconcevable de rechercher une autre solution nationale que l’intégration européenne… C’est de là que découle ma foi inébranlable en notre avenir heureux, l’avenir de Slovaques et de Tchèques libres dans une Europe indépendante. »